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Parce qu'on arrête pas le progrès !

Non cumul des mandats : oui, mais dans le bon sens !

[dropcap]Parmi[/dropcap] les promesses de l’alors candidat et du désormais président Hollande, il y a l’interdiction du cumul de mandats. Comme chacun sait, il s’agit de limiter le nombre de mandats qu’un élu peut exercer.

La proposition actuellement en préparation et qui sera bientôt discutée au Parlement consisterait à une limitation stricte du nombre de mandats exercés simultanément : on ne pourrait plus cumuler un mandat exécutif (maire, par exemple) et un mandat représentatif (député, sénateur).

Or les élus sont comme tous les français : ils sont tous favorables aux réformes mais ils ont tous horreur de changer et donc tout le monde s’étripe sur les conditions d’application de la future Loi et sur la date à partir de laquelle elle entrera en vigueur.

Un point cependant m’étonne dans ce débat : on ne traite que la moitié du sujet. Il y a en effet deux façons de cumuler des mandats : simultanément, bien entendu, mais également successivement.

Et là les cumulards sont très nombreux et la longévité au pouvoir de certains élus laisse rêveur. Prenons quelques exemples :

  • Georges Frêche : maire de Montpellier pendant 27 ans ;
  • Jacques Baumel : 33 ans à la mairie de Rueil Malmaison et député des Hauts-de-Seine pendant 35 ans ;
  • André Santini : maire d’Issy les Moulineaux depuis 33 ans… et c’est pas fini alors qu’il a plus que dépassé l’âge de la retraite (il est né en 1940) ;
  • Jean Foyer a été maire de Contigné pendant 42 ans ;
  • Jacques Chaban-Delmas : « champion toutes catégories » avec 48 ans à la mairie de Bordeaux ;
  • Marcel Dassault : député pendant 35 ans dont 28 consécutifs… sans compter son fils et surtout son petit fils Olivier, député de l’Oise depuis 25 ans…

J’arrête là, la liste est interminable. Quand on est élu pendant des années, on cumule les mandats. Plus sournois, ce cumul là est également plus pernicieux et pour trois raisons :

La durée crée la routine

Pour exercer un mandat politique, il faut de fraîcheur : il faut pouvoir poser sur les dossiers un regard neuf. Or, quand la routine s’est installée, quand on entame son quatrième, cinquième voire sixième mandat, indépendamment de toutes les excuses d’ivrogne sempiternellement ressassées par les cumulards, on a pas la fraicheur d’esprit nécessaire. On ne peut pas porter un regard neuf sur des problèmes anciens et qui se sont pour ainsi dire enkystés.

Autre conséquence de la durée dans le temps : l’érosion de l’énergie. On a beau dire, quand on entame son quatrième mandat, on s’encroute dans le confort des habitudes et on ne met plus autant d’énergie à faire avancer les dossiers. On est beaucoup plus sensible aux discours des lobbies en tous genres et Dieu sait qu’ils sont nombreux dans le pays ! Bref, on se laisse gagner par la facilité et la paresse.

Enfin, la durée tue l’innovation : des solutions qui ont pu sembler innovantes dans un passé lointain ne sont plus que des souvenirs… pour gouverner efficacement, il faut innover et pour innover il faut de la fraicheur, ce que la routine ne favorise pas.

La durée crée les combines

C’est là le coeur du sujet ! Avec le temps on finit par faire prévaloir les copinages, les arrangements, les dérives en tous genres. Les fameux pas vu, pas pris qui sont d’autant plus nombreux que les (mauvaises) habitudes se prenant vite, on finit par devenir expert dans l’art de planquer tout un tas de combines : ça va de l’entretien de son jardin personnel par les jardinier municipaux à l’usage abusif de l’avion de fonction.

Ce sont tous ces pas grand chose et ces petits rien qui, cumulés, font de réels abus de bien sociaux et autres dérives préjudiciables à la vie commune.

La durée nuit à la démocratie

Ici est la dérive la plus préjudiciable : le cumul successif des mandats nuit à la démocratie tout simplement par manque d’alternance. Dans une démocratie, tout le monde doit pouvoir avoir sa chance. Quand un maire entame son sixième mandat, il prive ses opposants non seulement de la parole mais également de la possibilité même d’action.

En général c’est la proportionnelle qui est proposée telle une panacée en réponse à la question comment obtenir plus de démocratie.

C’est une réponse erronée car plus on instille de proportionnelle plus on oblige au consensus dont la résultante est au mieux une sorte d’immobilisme conservateur et au pire une impossibilité à gouverner.

Limiter le cumul successif

Limiter non pas tellement le nombre de mandats simultanés mais le nombre de mandats successifs permettrait de redonner à notre pays la fraicheur et l’innovation dont nous manquons tant. Je pense qu’on devrait limiter le nombre de mandats à deux d’affilée, c’est-à-dire, finalement étendre à tout mandat la règle déjà existante pour le président de la République.

J’ajoute que cela aurait un effet bénéfique de deuxième degré, pour ainsi dire : on ne verrait plus la France dirigée par ces professionnels de la politique qui de 25 à 85 ans cumulent simultanément et successivement les postes de député, de conseiller général, de conseiller régional, de député européen, de maire (le mandat préféré des cumulards et celui qui permet le plus de combines en tous genres)… bref de tous ces parasites qui ont oublié que la politique n’est pas un métier mais un service rendu au pays.

Liberté, Egalité… mariage !

Délibérément célibataire, désespérément hétérosexuel et catholique assumé… bref, non concerné par le mariage pour tous ! Qu’ils fassent ce qu’ils veulent avec leur mariage, je m’en moque ;-)

Par dessus le marché, mon petit côté scientifique me titille : je suis très curieux de voir ce que cela va donner dans 50 ans. D’autant plus qu’à mon avis le mariage n’est pas le problème.

Les vrais sujets ce sont les enfants et le patrimoine

Déjà dans les familles recomposées c’est la fête ; alors là, on a pas fini de rire ! Entre les pères, les mères les parents 1 et les parents 2… les parents homos et les enfants hétéros, les parents divorcés hétéros et remariés homos (ou inversement), les petits-enfants, les conjoints, les ex-conjoints… ça promet des décennies de boulot pour les notaires, les sociologues et… les psychologues !

Et le plus probable dans tout ça c’est que si ça se trouve, on s’apercevra finalement que toutes ces familles pour tous sont désespérément normales, avec leurs bonheurs et leurs malheurs, leurs drames et leurs réussites… tout simplement parce qu’une famille est avant tout une volonté de construction et de projection dans l’avenir.

Marianne_maçonniqueCe qui me passionne dans ce sujet, c’est que, plus que tout autre, il est sur la frontière, ténue, entre éthique et morale ; entre vie commune et valeurs personnelles. Finalement ce sujet met deux des trois valeurs républicaines fondamentales en opposition : le mariage pour tous s’immisce entre Liberté et Fraternité (ou Egalité, question de point de vue…)

A titre de citoyen, je ne vois pas en quoi je peux m’y opposer (exactement comme le droit de vote pour les femmes, la pilule, l’avortement ou la peine de mort)… vous verrez, dans vingt ans on y pensera plus et ce sera rentré dans les moeurs.

A titre personnel, déjà je ne suis pas prêt de me marier et surtout si jamais cela devait arriver, la seule forme envisageable de mon point de vue serait un mariage religieux (y compris s’il devait être mixte) et donc là, ben c’est facile, y’a pas de débat.

164419_556812864353385_455638629_nJ’ajoute que la fermeté de toutes les religions envers le mariage pour tous représente, de façon assez anti-intuitive je l’avoue, un renforcement du mariage religieux sur la scène nationale : dans les années qui vont venir, on va voir tout et n’importe quoi à propos de mariage, de parentalité, de patrimoine… ça va être la fête du slip et on va bien rire…

Ceux qui voudront un vrai mariage, que feront-ils ? Et ben il retrouveront le chemin des synagogues, des églises, des mosquées, des temples…

Restent deux points : le moment et la méthode

Sur le moment, assez d’accord pour me rallier au consensus : avec la crise actuelle, se préoccuper de futilités comme le mariage pour tous c’est un peu baroque et cela démontre, s’il en était encore besoin, que les gouvernants ne vivent pas dans le même monde que nous… cela démontre également que ce débat est le fruit d’un lobbying très bien orchestré et pas du tout consensuel.

Sur la méthode : pour ce type de grand sujet de société, je pense qu’en 2013 le plus démocratique aurait été de faire ratifier la loi par referundum. C’est en effet le genre de sujet qui demande un consensus.

Si tel avait été le mode de ratification choisi par le gouvernement, j’aurais sans doute fini par voter contre, mais ceci est une autre histoire.

En conclusion…

Puisque le peuple par la voie de ses représentants élus va voter la loi, les citoyens que nous sommes devront la respecter… et cela ne nous enlèvera en rien la possibilité de choix personnels en contradiction avec la loi… Ce n’est pas parce que la pilule est, presque, en vente libre dans les Monoprix que pour autant on force les filles à la prendre pour mener une vie de débauche… mais vous m’avez compris ;)

60 millions pour la presse : un marché de dupes

Chez Google, ce sont des gros malins !

Ils doivent rire en lisant le rapport Colin & Collin car, comme on sait, à Mountain View ils ne voient que leur intérêt.

Tiens, prenez les désormais fameux 60 millions pour la presse qu’on nous a présenté comme une victoire française, chacun en faisant des gorges chaudes hier à longueur d’articles.

De quoi s’agit-il ? D’avoir la paix avec ces c…s de français. Vous savez, les emm..deurs européens qui ne représentent même pas 5 % du chiffre d’affaires annuel de Google. Comment s’y prendre ? En leur jetant dédaigneusement la pièce, comme on le ferait pour des clodos dans la rue !

Ben oui parce que 60 millions, rapportés aux 50 milliards de dollars de CA de Google, c’est quoi ? A peine 6 heures de business ? Autrement dit, rien du tout.

Si j’étais la presse française, je ne serais pas fier !

Ils doivent bien se marrer chez Google !

Evidemment, ça la presse française, elle ne le dit pas. Malgré ce petit tube de vaseline, elle va continuer de se faire enchoser profond par Google pendant quelques temps encore…

Enfin, comme dit un de mes vieux complices (et ancien patron de journal) que certains reconnaitront : chez nous on fait du bon pinard…

Un repas gastronomique au gout amer

J’ai rédigé ce texte en novembre 2010 et c’est une discussion récente qui me donne un prétexte pour le publier à nouveau. Bonne lecture…

Il y a quelques jours, l’Unesco a classé le repas gastronomique des Français au patrimoine immatériel de l’humanité.

Voici le texte intégral du classement :

Le repas gastronomique des Français est une pratique sociale coutumière destinée à célébrer les moments les plus importants de la vie des individus et des groupes, tels que naissances, mariages, anniversaires, succès et retrouvailles.

Il s’agit d’un repas festif dont les convives pratiquent, pour cette occasion, l’art du « bien manger » et du « bien boire ». Le repas gastronomique met l’accent sur le fait d’être bien ensemble, le plaisir du goût, l’harmonie entre l’être humain et les productions de la nature.

Parmi ses composantes importantes figurent : le choix attentif des mets parmi un corpus de recettes qui ne cesse de s’enrichir ; l’achat de bons produits, de préférence locaux, dont les saveurs s’accordent bien ensemble ; le mariage entre mets et vins ; la décoration de la table ; et une gestuelle spécifique pendant la dégustation (humer et goûter ce qui est servi à table).

Le repas gastronomique doit respecter un schéma bien arrêté : il commence par un apéritif et se termine par un digestif, avec entre les deux au moins quatre plats, à savoir une entrée, du poisson et/ou de la viande avec des légumes, du fromage et un dessert.

Des personnes reconnues comme étant des gastronomes, qui possèdent une connaissance approfondie de la tradition et en préservent la mémoire, veillent à la pratique vivante des rites et contribuent ainsi à leur transmission orale et/ou écrite, aux jeunes générations en particulier.

Le repas gastronomique resserre le cercle familial et amical et, plus généralement, renforce les liens sociaux.

Dans les médias, toute une France attachée à ses traditions en a fait des gorges chaudes, vantant la reconnaissance d’un art de vivre bien de chez nous. Toutes ces cohortes d’imbéciles heureux qui sont nés quelques part ne se sont pas aperçu que ce classement est d’un racisme incroyable ! Une petite exégèse vous montrera l’énormité de la chose.

Le repas gastronomique des Français est une pratique sociale coutumière destinée à célébrer les moments de la vie des individus et des groupes, tels que naissances, mariages, anniversaires, succès et retrouvailles.

Jusque là rien à dire. Cette définition pourrait s’appliquer à tous les pays du Monde : se retrouver entre potes pour un bon repas, c’est universel : chinois, indiens, rwandais, américains, russes… tous les peuples du monde se retrouvent autour de repas conviviaux.

Un point retient mon attention : on parle du repas des Français. Il s’agit donc du repas de tous les citoyens de la République. Des citoyens d’aujourd’hui, naturellement, c’est à dire des gens de nationalité française, indépendamment de la façon dont s’est faite l’acquisition de la nationalité. Pourrait-il en être autrement ? Vous allez voir que ce point est crucial. Continuons…

Il s’agit d’un repas festif dont les convives pratiquent, pour cette occasion, l’art du « bien manger » et du « bien boire ».

Ici commencent mes interrogations : l’adjectif bien, employé deux fois en tant qu’adjectif, s’entend (d’après le TLIF du moins) comme devant : correspondre exactement à certains critères d’appréciation. Parfait, on va donc définir non seulement comment manger mais également comment boire.

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Le paragraphe suivant est encore une fois un parfait exemple de verbiage ronflant et politiquement correct. Je vous laisse apprécier : Le repas gastronomique met l’accent sur le fait d’être bien ensemble, le plaisir du goût, l’harmonie entre l’être humain et les productions de la nature. Parmi ses composantes importantes figurent : le choix attentif des mets parmi un corpus de recettes qui ne cesse de s’enrichir ; l’achat de bons produits, de préférence locaux, dont les saveurs s’accordent bien ensemble ; le mariage entre mets et vins ; la décoration de la table ; et une gestuelle spécifique pendant la dégustation (humer et goûter ce qui est servi à table).

Qui oserait affirmer le contraire ! Peut-on imaginer un bon repas dans lequel on serait mal ensemble ? Pour lequel on choisirait de mauvais ingrédients ? Un corpus de recettes du passé ? Un repas au cours duquel on mangerait avec une pince à linge sur le nez ?

De plus, je ne vois pas ce que ce rituel a de spécifiquement français. J’ai mangé en Grande Bretagne d’excellents fish & chips accompagnés de non moins excellentes bières bitter… Au Cameroun j’ai même pu gouter des chenilles de qualité, choisies avec soin (c’est très cher) et cuisinées à la vapeur avec la plus grande attention…

Le repas gastronomique met l’accent sur (…) l’accord entre les mets et les vins ! ! ! !

Ici commencent les vrais problèmes : un repas sans vin peut-il être gastronomique ? Un Français ne buvant pas de vin (un alcoolique en rémission par exemple ou un sportif ou un diabétique, etc.) sera-t-il un exclu de la gastronomie ? Encore plus grave : un conducteur s’abstenant de boire afin de rentrer chez lui en auto après le repas est-il exclu de la gastronomie ?

Le repas gastronomique doit respecter un schéma bien arrêté : il commence par un apéritif et se termine par un digestif

Le festival continue : le soi-disant repas des Français est réservé aux Français qui boivent non seulement du vin pendant le repas mais également avant et même après ! Remarquez, je suis mauvaise langue : on peut tout à fait prendre un jus de tomates en apéritif et une tisane en digestif. Arrêtons de persifler et continuons…

avec entre les deux au moins quatre plats, à savoir une entrée, du poisson et/ou de la viande avec des légumes, du fromage et un dessert.

Commençons par un point de grammaire : la formulation et/ou n’est pas française ! un simple ou serait suffisant, puisque ce terme est inclusif.

Le repas gastronomique des Français c’est à dire de, je le rappelle, de tous les citoyens de la République, exclut de facto les Français végétariens ou végétaliens et intolérants aux produits laitiers, voire certains malades cardiaques au régime sans sel…. Notons que si le fromage est obligatoire pour faire un repas gastronomique, le pain, lui ne l’est pas.

Cet oubli est incompréhensible. En effet, le pain qu’on fait en France est très spécifique à notre gastronomie : sa recette est assez unique et notre usage du pain est lui aussi assez spécifique. Les français mangent du pain, c’est bien connu… mais apparemment les gastronomes s’en passent ! Les boulangers vont apprécier la plaisanterie… sans compter que je souhaite bien du plaisir au gastronome qui s’aventurerait à déguster un vacherin Mont Dore sans pain ! Mais passons…

Le repas gastronomique est donc le fameux entrée-plat-dessert accompagné de fromage. J’aimerais savoir ce que ce repas a de spécifiquement français ? J’ai pu faire ce genre de repas aux Pays-Bas où on trouve, comme chacun sait, d’excellents fromages dont certains sont bien plus anciens que notre finalement jeune camembert (né au moment de la Révoltion et dont l’AOC ne date que de 1982).

Continuons la lecture…

Des personnes reconnues comme étant des gastronomes, qui possèdent une connaissance approfondie de la tradition et en préservent la mémoire, veillent à la pratique vivante des rites et contribuent ainsi à leur transmission orale et/ou écrite, aux jeunes générations en particulier. Le repas gastronomique resserre le cercle familial et amical et, plus généralement, renforce les liens sociaux.

Ici se pose un problème de définition : puis-je être reconnu comme gastronome parce-ce que mon pote Robert trouve que je m’y connais ? Une mère de famille apprenant la cuisine à ses enfants sera-t-elle reconnue comme gastronome ? Cette définition me semble plus tenir de la confrérie bacchique que d’une démarche scientifique ou normative…

Encore une fois on enfonce des portes ouvertes avec un ton digne du plus grand politiquement correct.

Ceci dit, la notion de tradition me fait toujours rire. Cela va, de plus, me donner l’occasion de démontrer le manque de rigueur dans la démarche et les formulations proposées. Amusons-nous donc un peu.

D’après la définition du TLIF, la tradition c’est l’Action, façon de transmettre un savoir, abstrait ou concret, de génération en génération par la parole, par l’écrit ou par l’exemple

Considérons donc deux recettes et passons-les au crible arrêté par l’Unesco pour savoir si elles peuvent entrer dans le repas gastronomique des Français. Je vous propose la soupe de truffes noires « VGE » (recette de Paul Bocuse (qu’on trouvera dans La cusine du marché, le best seller du chef) et le couscous — deux plats que j’adore.

Intuitivement, personne ne mettra le couscous dans les recettes traditionnelles du repas des Français… maintenant tapotons-nous le menton…

La soupe aux truffes noires « VGE » a été créée par Bocuse en…1975, c’est à dire il y a exactement 35 ans. Du couscous, en revanche, les Français en mangent depuis plus de 150 ans…

Les sociologues reconnaissent qu’une génération c’est environ 25 ans (le temps nécessaire à une classe d’âge d’arriver à l’âge adulte) . La soupe aux truffes n’a même pas deux générations ! Elle est bien trop jeune pour être devenue traditionnelle en si peu de temps ! Ou alors il faudra qu’on m’explique par quel miracle la gastronomie peut établir des traditions en une seule génération…

Donc dans notre match, sur le critère tradition ça nous donne Bocuse 0 et couscous 1.

Histoire de continuer à rire, j’enfonce le clou : le patrimoine c’est (toujours d’après le TLIF) l’ensemble des biens hérités des ascendants ou réunis et conservés pour être transmis aux descendants. J’ai cherché un peu et je n’ai pas encore trouvé de parent ayant transmis la recette de la soupe de truffes noires « VGE » à leurs enfants. La recette du couscous, en revanche se transmet entre parents et enfants dans un grand nombre de familles.

Donc dans notre match, sur le critère patrimoine ça nous donne Bocuse 0 et couscous 1.

Résultat : la soupe de truffes noires « VGE » n’est ni traditionnelle ni patrimoniale. Vive le couscous !

Je vous propose donc un menu pour faire un repas gastronomique des français en respectant à la lettre la définition de l’Unesco :

Apéritif – chlita – couscous – fromage – baklawa – vin (pour ceux des convives qui en boivent… un Madiran ou un Chateauneuf du Pape, par exemple) – digestif (un café ou un thé ou pourquoi pas un Armagnac, pour ceux qui boivent de l’alcool).

Nos concitoyens végétaliens et végétariens seront exclus de ce repas (car la viande et les légumes ont cuit ensemble). Nos concitoyens au régime sans sel seront également exclus (car le fromage, c’est salé)…

On pourrait refaire le même exercice avec des dizaines d’autres recettes soi-disant gastronomiques et qui, du point de vue de la définition retenue par l’Unesco, ne le sont pas. Voici quelques idées de matches : escalope de saumon à l’oseille de Troigros (créée par les fr. Troigros il y a moins de 50 ans) contre Paëlla (que la France a découverte avec la vague d’immigration espagnole dans les années d’avant-guerre, c’est à dire il y a presque 80 ans), loup au varech de Michel Guérard (un classique de la nouvelle cuisine des années 1970) contre choucroute ou galette-saucisse… la liste est longue comme un jour sans pain (qui, rappelons-le n’est pas au patrimoine, alors que le pain qu’on fabrique en France est très spécifique ; au contraire du repas comme je viens de le démontrer).

Arrêtons-là ! le soi-disant repas gastronomique des français n’a rien de patrimonial. Oublions vite cette erreur de casting, qui pourrait bien réveiller des communautarismes !

On pourrait imaginer qu’en cherchant à figer ainsi un patrimoine certains lobbies aient cherché à poser un jalon permettant de juger le degré d’intégration de certains Français. Ce serait idiot car ce serait ignorer qu’on a son identité devant soi et que l’identité nationale se doit d’être le fruit d’un consensus.

D’ailleurs on pourrait s’amuser avec certains produits industriels car, c’est bien connu, les industriels mettent un point d’honneur à utiliser des bons produits. Chacun pourra les humer et les gouter avec plaisir. Proposons donc un repas gastronomique à base de produits de qualité, provenant majoritairement de France et choisis par des industriels responsables :

Saucisson Cochonou — cassoulet William Saurin — fromage Caprice des dieux — Danette — Cellier des Dauphins (pour les français qui boivent du vin)

J’ajoute que pour accompagner ce repas gastronomique on pourrait servir des biscottes Heudebert. Mais cela n’est pas nécessaire puisque le pain n’entre pas dans un repas gastronomique !

Ce repas gastronomique est encore plus raciste que le précédent puisque nos concitoyens qui respectent les préceptes al-hal ou casher n’auront pas leur place à la table commune.

N’en jetons plus ! Ce repas gastronomique couvre notre pays de ridicule. On fait des repas gastronomiques dans tous les pays du Monde… en France, certains imbéciles heureux qui sont nés quelques part me donnent honte.

Tout ce qu’il reste à espérer c’est que cette affaire passe très vite aux oubliettes des faits divers idiots.

Excusez-moi, je vais vomir, j’ai une indigestion !

Caricatures de Charlie Hebdo : blasphème et choc des cultures !

Ils ont recommencé !

Après s’être déjà illustrés il y a quelques temps dans une précédente affaire de caricatures, Charlie Hebdo publie dans sa livraison de cette semaine une série de caricatures du Prophète de l’Islam.

Oh, bien sûr, ils ont bien le droit de se moquer et de railler. C’est le rôle même de la presse satirique que d’être le poil à gratter de la société. La question, cependant, n’est pas vraiment là.

Evidemment, se drapant dans un intellectualisme se voulant très second degré et se revendiquant d’une laïcité qui a décidément bon dos, l’équipe de Charlie Hebdo se défend de toute posture provocatrice et pourtant… l’audace c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin disait Jean Cocteau… ajoutons qu’aller au delà c’est de la bêtise.

On ne peut pas en vouloir à Charlie Hebdo de provoquer, sauf quand la provocation se transforme en stigmatisation d’une partie de la communauté nationale. En agissant de la sorte, Charlie Hebdo n’offre rien d’autre qu’une vision provocatrice du monde : de quels musulmans parle-t-on ? Et à qui cherche-t-on à les opposer ? A de prétendus bons français ? Y en aurait-il donc de mauvais ? Faut-il rappeler à Charlie Hebdo qu’aujourd’hui l’Islam est devenu en France une religion autochtone ? Et que l’anti-cléricalisme est un racisme…

Je suis français, catholique, défenseur de la laïcité et j’avoue que moi aussi je suis choqué. La laïcité en effet, est un moteur de tolérance et de fraternité ; pas de stigmatisation et de de racisme car, osons le dire, c’est bien de cela dont il s’agit.

La laïcité ce n’est pas le prétexte à toutes les extrémités. Ce n’est pas la justification des stigmatisations. La laïcité c’est le ciment de la fraternité. Elle est là pour, justement, servir de ciment à la constriction de la communauté nationale. A une communauté que nous devons construire ensemble.

Je me sens solidaire de mes compatriotes musulmans. A qui on demande en permanence de se justifier. A qui on propose une nième fois un verre de vin, à qui on fait épeler dix fois leur prénom, à qui on refuse poliment un emploi… et qui font pleinement partie de la communauté nationale. A qui on devrait offrir le respect et une place qui ne se limite pas à un strapontin…

En publiant ces caricatures et en agissant de la sorte, Charlie Hebdo me fait penser à ce parent acariâtre qui, dans une famille, n’a toujours accepté tel ou tel mariage et continue, 10 ans après, de donner du mademoiselle à la belle-fille.

Les caricatures de Charlie Hebdo ne sont pas si graves au fond. Non, elles sont juste consternantes !

Je vous propose de prendre quelques minutes pour regarder cette belle intervention de Pascal Blanchard.


Pascal Blanchard, les immigrés français… par les_ernest

La Vierge, les coptes et moi…

Ceux qui me connaissent savent que j’aime l’Egypte.

Pas l’Egypte des pharaons et des pyramides : cette Égypte là est celle des savants et des pédants ; pas l’Egypte des plages et des coraux : cette Égypte là est celle des touristes et des sportifs.

Celle que j’aime, c’est l’Égypte des gens : des gens truculents, des gens attachants, des gens touchants.

Avec La Vierge, les coptes et moi à l’affiche actuellement partout en France, Namir Abdel Messeeh montre précisément cette Egypte que j’aime. Une Egypte simple et amicale. Une Egypte chaleureuse.

Ce qui frappe d’abord, c’est le genre du film : un documentaire scénarisé. Dans un ton très différent on retrouve certains principes qui ont fait le succès de Super size me de Morgan Spurlock : un reportage à la première personne, caméra au poing.

Ici cependant, pas de recherche documentaire sur un empire économique. Non, ce dont il s’agit, pour le dire avec les mots d’A. Césaire c’est d’une sorte de Cahier du retour au pays natal. Namir Abdel Messeeh, né en Egypte mais ayant vécu la plus grande partie de sa vie en France prend conscience de sa coptitude (toujours pour paraphraser Césaire). Y a-t-il une corrélation avec le fait que sa compagne est manifestement enceinte ? Ce n’est pas dit… en tout cas, les interrogations existentielles du réalisateur constituent la trame même du film.

Oeuvre aux multiples facettes, La Vierge, les coptes et moi frappe par son aspect de film-frontière : on est constamment sur la frontière : entre France et Egypte, entre croyance et athéisme, entre piété du charbonnier et questionnement d’intellectuel… c’est un véritable cheminement à travers un patchwork d’émotions.

La Vierge, les coptes et moi est une recherche qui se concentre sur une question existentielle, celle de la Vérité : qu’est-ce qu est vrai, au fond ? Peut-on opposer ou au contraire conjuguer vérité dogmatique et vérité scientifique (au sens où on a pas raison tout seul ) ?

La vérité proposée par l’oeuvre de Nameer Abdel Nassim est différente : la vérité est en chacun de nous. Peu importe, finalement, qu’une apparition soit vraie ou pas ; ce qui compte est ailleurs. Peu importe qu’on l’appelle apparition, égrégore, oumma ou mysticisme : ce qui compte c’est de ressentir ensemble.

Pour Nameer Abdel Nassim en tout cas, là se trouve sans doute le coeur de ce qui fait l’humanité de l’homme.

Mare Liberum

Je retrouve une réflexion assez ancienne, que j’avais rédigée en 2009, à l’heure où faisait rage le débat sur la neutralité des réseaux et ce qui est devenu la Hadopi. Comme je trouve que ce texte est toujours d’actualité, je me permets de le soumettre à votre sagacité ; d’autant plus que le débat risque de reprendre vigueur à la rentrée…

Depuis son irruption dans le grand public, concomitante de l’arrivée du web — c’était au milieu des années 1990 — l’internet s’est imposé comme un phénomène planétaire majeur. Tout (ou presque) a été dit sur ce réseau des réseau : adulé par les uns, vilipendé par les autres, Internet a donné lieu à une littérature pléthorique sur ses enjeux économiques, ses impacts sociologiques, ses implications techniques et plus encore. Bref, dans notre vie, il y a un avant et un après Internet.

Malgré une maturité certaine, ce réseau de réseaux continue de poser certaines questions, rampantes depuis des années. Deux en particulier ne sont toujours pas tranchées : l’internet doit-il être cantonné à un simple réseau neutre de transport (position que j’ai eu l’occasion de défendre et que je pense juste) ? L’internet est-il un puissant réseau décentralisé ou bien un simple Minitel 2.0 (ce que Benjamin Bayart a démontré avec maestria dans une conférence restée célèbre) ?

La France jacobine du Minitel s’oriente à grands pas vers des réponses erronées à ces questions fondamentales : en se dotant de l’arsenal de l’Hadopi, notre pays admet que l’internet n’est pas un simple réseau neutre de transport et favorise l’émergence de services centralisés, prétendument plus faciles à mettre sous contrôle. Ce qui, dans certains cas, peut-être une nécessité, ne doit pas être une généralité.

Ce mouvement est d’ailleurs renforcé par la communication imaginée par Orange avec sa campagne internet et Internet par Orange. Je suis estomaqué de voir des spécialistes des réseaux se laisser prendre dans un tel piège.

Parallèlement la position américaine semble prendre le chemin inverse : en proposant le concept de net neutrality par la voix du président Obama, les USA prônent un réseau libre et ouvert à tous. Barack Obama avait pris cet engagement dans sa campagne et ne s’en est pas détourné.

Etant donné le poids pris par l’internet dans l’économie américaine, étant donné que les USA ne lâchent pas prise quand leurs intérêts économiques sont en jeu, il y a fort à parier qu’un jour le torchon brûlera entre les USA et le reste du monde à propos de l’internet.

Et la question sera simple : l’internet est-il libre ? Les USA faisant de la Liberté le véhicule de leur impérialisme, il serait surprenant qu’ils changent facilement leur fusil d’épaule (quel que soit le président en fonction, d’ailleurs).

Comme souvent, pour comprendre ce débat il faut revenir en arrière, à 1604 exactement. C’est-à-dire à l’année où Grotius (un juriste néerlandais) publiait Mare Liberum, un ouvrage consacré au droit de la mer et qui, à la suite d’une controverse entre britanniques et néerlandais, posait le principe de la liberté de la haute mer. A la suite de cet ouvrage, le droit maritime n’est pas revenu sur ce principe : la haute mer n’appartient à personne en particulier et la circulation en haute mer est libre. Entre autre conséquence, cela a permis le développement des échanges et du commerce. Ce principe a d’ailleurs été également choisi pour le droit aérien (Convention de Varsovie, 1929).

De ce point de vue, l’internet est un espace : un espace de communication et d’expression, mais surtout un espace de commerce. Et donc un espace qui doit rester libre, pour permettre le développement du commerce.

La neutralité des réseaux sera-t-elle un effet de bord de l’impérialisme américain ? Chacun à égalité de chances et Dieu pour tous (in God we trust, dit-on outre Atlantique).

L’avenir le dira peut-être !

Une balle dans le pied ?

Patrick Robin est un serial entrepreneur bien connu dans le paysage de l’Internet français.

Créateur d’Imaginet, un des premiers fournisseurs d’accès de notre pays, il est aujourd’hui patron de 24h00.fr, une agence de social marketing qu’il a naturellement créée.

Il publie aujourd’hui une tribune dans l’édition française du Huffington Post.

Véritable manifeste dans lequel se reconnaitront la plupart des entrepreneurs (quelle que soit leur couleur politique), cette tribune pleine de désenchantement est révélatrice de trois grands points :

  • Dans notre pays, les entrepreneurs et les créateurs de richesses ne sont pas reconnus. Sempiternellement assimilés aux riches, tout le monde, y compris l’Etat ne voient dans la richesse qu’une cause (de taxes, d’impôts, de brimades) alors que bien souvent ce n’est que la conséquence d’une prise de risque et la récompense d’un travail acharné ;
  • les entrepreneurs sont avant-tout des créateurs. De valeur, d’innovation, de richesses, de brevets, de matière grise, d’emplois… pas ces caricatures de personnages cupides dont on nous rebat les oreilles ;
  • les entrepreneurs sont des moteurs : de l’économie de notre pays, de notre compétitivité, de notre inventivité collective.

Un jour, il faudra comprendre que mettre des bâtons dans les roues de l’entrepreneuriat, c’est se tirer une balle dans le pied !

Ne nous étonnons pas

Tout le monde s’étonne du plan de licenciements annoncé récemment par PSA. Tout le monde d’en appeler à tout un tas de choses, de l’iniquité politique au scandale économique et naturellement à l’intervention de l’Etat. Bref, il faut sauver le soldat PSA

Et pourtant, sans jouer les Cassandre, du point de vue de l’innovation, la situation était plus que prévisible. Naturellement , la crise a pour ainsi dire catalysé le phénomène et l’a certainement amplifié mais la situation dans laquelle se trouve PSA était prévisible, et de longue date.

Il ne faut pas confondre invention et innovation

Certes PSA dépose de nombreux brevets. C’est même un des groupes industriels français les plus actifs dans ce domaine et les tratégies de protection intellectuelle de la maison sont excellentes. Pourtant et paradoxalement, c’est sans doute là que le bât blesse : PSA confond invention et innovation.

Déposer de nombreux brevets, c’est une preuve de créativité et d’inventivité. Cela ne fait pas des innovations pour autant. Confondre invention et innovation c’est se comporter en Pr. Nimbus techno-borné et… en candidat pour le concours Lépine, pas en entreprise innovante.

Une innovation c’est une idée nouvelle qui trouve son marché

L’innovation c’est une démarche globale, dont la dimension marché est majeure. Dans un ouvrage qui fait référence, Jacques Perrin l’a affirmé haut et fort : une innovation c’est une idée nouvelle qui trouve son marché.
Et là est précisément le problème : pendant des années le groupe PSA (c’est-à-dire, pour le grand public leur deux marques-phare : Peugeot et Citroën) a été innovants. Les deux marques ont mis sur le marché des idées nouvelles qui ont été massivement adoptées par le marché : de la Traction à la DS, de la 404 à à la 205… et depuis, même en cherchant bien, on ne trouve finalement rien d’autre qu’une sorte de grand blanc faisant du groupe un suiveur parmi d’autres.

Un groupe qui cherche la rentabilité et la facilité, qui ne prend pas de risques et dans lequel finalement la gestion a pris le pas sur l’audace. On ne le rappellera jamais assez : une entreprise innovante est une entreprise audacieuse. Je l’ai déjà écrit à propos d’Apple, notamment.

L’automobile, nouvelle sidérurgie française ?

Qui innove aujourd’hui en automobile : des entreprises qui savent pratiquer une écoute active des consommateurs. Prenons deux exemples :

  • Pourquoi n’y a-t-il pas de partenariat entre PSA et Apple pour l’intégration des iPods et iPhones dans les autos ? Mercedes, BMW, Volvo, Porsche et même Ferrari en ont… idem pour la prochaine fonction « eyes free » d’iOS 6 (qu’Apple a annoncé dans sa dernière Keynote : Chrysler, Toyota, Audi, BMW et beaucoup d’autres font partie u programme… or, on ne trouve pas PSA (ni Renault, d’ailleurs), alors que ces deux groupes automobiles français y auraient largement leur place.
  • Depuis 15 ans les allemands proposent des combinaisons BVA/Diesel… PSA (et Renault tant qu’on y est) ne le font que depuis quelques années… et encore… pas sur tous les modèles et pas dans toutes les gammes. Cela dénote un manque flagrant d’écoute du marché.

Alors c’est vrai que c’est un peu gadget et pourtant ce sont des innovations… on ne le dira jamais assez : la dimension technique n’est que la face visible de l’innovation.
On ne peut pas grand chose pour PSA. Naturellement, l’Etat dans sa grande bonté va lancer des plans en tous genres, on va nous sortir les sempiternels plans de sauvegarde de l’emploi qui seront autant de cautères sur autant de jambes de bois dont l’efficacité de ong terme restera douteuse…bref, cela aura une forte saveur de plan sidérurgie

Comme disent les esprits persifleurs : « enfin, chez nous on fait du bon pinard » !

Au milieu du gué

Le 14 juillet dernier, le président de la République a renoué avec une tradition mise entre parenthèses par le président Sarkozy : l’intervention face aux français. Il faut revenir d’une part sur la forme et naturellement sur le fond.

Un gendre idéal et ennuyeux

François Hollande nous chante les vertus du changement sur tous les tons et dans toutes les gammes ! Et pourtant il donne une incroyable image de conformisme et de componction. Bref, avec François Hollande la France est dirigée par un gendre idéal, gentil mais manquant totalement de charisme. En période de crise, c’est embêtant car le président devrait incarner la relance. Je regrette encore Ségolène Royal (qui, au contraire, a construite sa communication sur le charisme… mais ceci est une autre histoire). A force de l’utiliser sans lui donner de corps, le changement va se galvauder, ce qui serait dommage car la France non seulement a besoin de changement mais, je crois, est prête au changement.

François Hollande cherche à faire moderne en choisissant une interview avec deux journalistes mais il ne répond pas aux questions, voire les élude et finalement finit par asséner un discours préparé. Une intervention ex cathedra aurait suffit et aurait certainement été plus confortable pour un président qui donne l’impression d’être mal à l’aise dans un exercice de communication ne lui correspondant pas.

Mais passons : l’important n’était pas dans la forme mais dans le fond, naturellement.

Un discours incantatoire sur l’innovation

Au cours de son intervention, le président de la République a beaucoup parlé d’innovation, y compris d’ailleurs en ce qui concerne ce qu’il faut bien appeler l’affaire Peugeot. Soit mais que veut-il faire ? Quels moyens veut-il donner aux français pour innover ? Comment va-t-il s’y prendre ? Une intervention de 14 juillet ne se prête pas bien à des annonces détaillées mais pourrait servir de top départ pour le lancement d’un grand chantier.

François Hollande affirme vouloir changer dans de nombreux domaines et pourtant tout son discours annonce un retour à de bonnes vieilles méthodes usées jusqu’à la corde ! Prenons deux exemples :

Le travail ne se partage pas, il se multiplie

En matière d’emploi, tout d’abord : François Hollande en est resté au partage de l’emploi, dans une approche simpliste : quand il y a beaucoup de chômeurs, il ne faut pas favoriser les heures supplémentaires mais l’embauche. Beau calcul mais totalement inapplicable, notamment dans les PME qui représentent certainement le potentiel le plus fort d’embauche dans notre pays : on ne peut pas substituer 7 employés faisant chacun 5 heures supplémentaires par un emploi nouveau !

Ce que doit faire l’Etat c’est favoriser non pas le partage d’un travail existant mais la multiplication de nouveaux emplois. Par l’incitation fiscale et la baisse des charges. Tapotons-nous le menton et réfléchissons une seconde.

Notre pays a fondé tout son fonctionnement social sur la répartition. Plus le nombre d’inactif augmente et plus la charge qu’ils représentent pour les actifs est lourde… la panacée trouvée par tous les gouvernements depuis celui de Michel Rocard a consisté à alourdir la charge soit par l’augmentation des cotisations soit par la création de cotisations nouvelles (les fameuses CSG et RDS, entre autre).

On pourrait très bien imaginer de diminuer les niveaux de charges pour les entreprises qui embauchent et les augmenter pour celles qui licencient. En effet, les entreprises qui embauchent répartissent les charges alors que celles qui licencient les concentrent.

Faire de la richesse un moteur de croissance

En 2012, le président de République en est resté au bon vieux faire payer les riches ! C’est idiot. D’autres voies sont possibles. Il faut passer d’un système perçu comme inique à un principe de répartition de proximité.

Taxer ! François Hollande n’a que ce mot là à la bouche. Taxer les soi-disant très hauts revenus et élargir l’ISF ; bref, encore une fois un retour en arrière.

Les sommes perçues aujourd’hui par l’impôt (on parle d’environ 3 milliards d’Euro) pourraient très bien être réinjectées dans l’économie par le bas, dans une démarche qui d’ailleurs aurait tout des principes du développement durable (circuits courts, proximité, responsabilité…).

En redonnant aux riches les sommes aujourd’hui prélevées par l’impôt cela favoriserait la consommation. Autrement dit, cela ferait marcher le commerce (et développerait certainement les emplois). D’autre part, à n’en pas douter, les riches s’entoureraient de personnel (les fameux emplois de proximité) : ce développement de l’emploi serait une redistribution directe des richesses. En effet, les gens qui travaillent sont également ceux qui consomment. Autant de chômeurs en moins, autant de consommateurs en plus.

Ce principe peut naturellement s’appliquer à toutes les TPE : L’emploi en France est un luxe. Combien de professions libérales, de commerçants, d’artisans seraient prêts à embaucher si l’emploi n’était pas hors de prix… là encore autant de chômeurs en moins, autant de travailleurs en plus.

Naturellement, les esprits chagrins ne manqueront pas de noter que cela favorise les riches ; mais il n’en est rien. D’abord parce que jamais les pauvres n’emploieront les riches et ensuite parce qu’il faut en finir avec cette sempiternelle distinction riches/pauvres. Permettre à un chômeur de travailler c’est lui donner l’espoir de pouvoir progresser et de s’enrichir à son tour.

François Hollande parle d’effort et il a raison : cela permet de construire une société du mérite : ceux qui travaillent ont une chance de s’en sortir. Encore faut-il multiplier les possibilités de travailler et récompenser l’effort.

Des taxes, il en faut, dans deux domaines au moins :

  • Il faut taxer le capital et pas le travail : l’épargne est nécessaire mais ne doit pas prendre le pas sur le travail. Taxer l’épargne oui, afin d’éviter que les sommes libérées par un allègement des contributions directes ne se translatent dans des instruments d’épargne. Il faut taxer (et sans doute lourdement) tous les produits financiers. Quand on veut relancer l’économie, il n’est pas concevable que les produits d’épargne soient moins taxés que le travail. En matière d’innovation, il faut faire en sorte que les investissement soient favorisés. un riche qui investit dans une start-up crée de l’activité, de la richesse (matérielle et intellectuelle) et de l’emploi. Par dessus le marché, il devient propriétaire d’une partie au moins de l’entreprise qu’il contribue à faire émerger… autrement dit cet investissement augmente ses actifs.
  • Il faut revoir totalement l’assiette de la TVA : aujourd’hui à 19,6 % la TVA est l’impôt le plus inique qui soit. On pourrait très bien imaginer un taux de TVA normal très bas, de l’ordre de 5 % sur les biens et les services de consommation, notamment les biens made in France. Naturellement il faudrait s’assurer que cette baisse de TVA ne se transforme pas en augmentation des marges des vendeurs. On pourrait également imaginer le retour d’une TVA de luxe aux alentours de 35 %.

Ne pas rester au milieu du gué

Ce ne sont que quelques idées parmi d’autres mais les mettre en ouvre constituerait assurément un changement moins cosmétique que celui prôné par François Hollande.

A trop vouloir ménager la chèvre et le chou, François Hollande risque de nous mener au milieu du gué ! A crise grave, réforme profonde. En effet, comme le démontre l’économiste Daniel Cohen dans cette intervention, le sentiment de bonheur dans un pays c’est l’enrichissement, pas le niveau de richesse.


Daniel Cohen – La prospérité du vice par les_ernest

Souhaitons bon courage à François Hollande. Cet article souhaite lui être utile, comme on le voit, sans relance pas de partage. Pour changer en la matière il convient d’innover, pas de tenter de reprendre des vieilles méthodes… qui sont rarement bonnes !